Les arts martiaux constituent un précieux trésor de la société orientale traditionnelle. Pour les comprendre, nous devons nous familiariser avec les fondements de cette société.
Notre planète a connu l’une des périodes les plus tumultueuses de son histoire du Ve au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Durant cette période connue en Chine sous le nom d’époque des Royaumes Combattants, des guerres perpétuelles entre royaumes dévastaient l’Asie tout entière. Paradoxalement, cette période de chaos fut aussi un âge d’or pour la philosophie chinoise. En effet, c’est précisément la philosophie orientale qui se développa durant cette époque, permettant ainsi aux philosophes d’étudier les origines de la violence et de chercher à établir l’ordre, la paix et l’harmonie entre les hommes.
Le bouddhisme fut fondé par le Bouddha Siddhartha Gautama, qui vécut au Ve siècle avant Jésus-Christ. Jeune prince indien du clan des Shakya, il quitta le confort de la vie de palais à l’âge de 29 ans pour une quête spirituelle. Il connut l’éveil six ans plus tard, après avoir médité sous l’arbre de la Bodhi. Il consacra le reste de sa vie à l’enseignement, jusqu’à sa mort à l’âge de 80 ans.
Le Bouddha enseigna à ses disciples les concepts des quatre nobles vérités, du Karma (selon lequel l’être humain se réincarne) et du non-soi, ou illusion du moi. Il développa une méthodologie et des exercices pratiques pour aider autrui à accéder aux qualités fondamentalement bonnes de l’être humain, à comprendre et à suivre leur karma, et à atteindre l’éveil ou le Nirvana, mettant ainsi fin au cycle des réincarnations.
Lorsque la philosophie bouddhiste prit son essor en Chine près d’un millénaire plus tard, d’innombrables temples dédiés à la pratique et aux rites bouddhistes furent construits. L’un de ces temples allait par la suite devenir célèbre : le Monastère dans les Bois, ou temple Shaolin. Le bouddhisme fut transmis de génération en génération, et de nombreuses institutions chargées de préserver et de transmettre ce savoir se succédèrent au fil du temps. Le bouddhisme se répandit à travers toute l’Asie et influença considérablement la philosophie et la culture orientales. Aujourd’hui encore, cette philosophie occupe une place importante dans les arts martiaux Shaolin, notamment grâce aux concepts de maîtrise de soi et de Karma.
La philosophie taoïste se développa il y a environ 5 000 ans avant Jésus-Christ, à partir d’écrits fondés sur le Yi King (Livre des Transformations) et la science de l’énergie. Cependant, c’est seulement vers le Ve siècle avant Jésus-Christ que Lao-Tseu conféra au taoïsme la profondeur philosophique et mystique nécessaire dans son Tao Te King (Classique de la Voie et de la Vertu).
Confucius (551-479 av. J.-C.) fonda cette philosophie pour résoudre les problèmes sociaux et établir des règles préservant l’harmonie sociale. Il énonça des principes moraux qui formèrent le fondement de l’ordre social au sein d’une société hiérarchisée.
Confucius ne vécut pas assez longtemps pour voir sa doctrine adoptée par les rois puissants et les seigneurs féodaux, mais ses enseignements devinrent immortels dans les Entretiens de Confucius. Ses disciples propagèrent ses enseignements jusqu’à ce que l’Empereur Wu des Han (149-87 av. J.-C.) proclame la doctrine confucéenne philosophie universelle de l’Empire du Milieu. Ce système politique perdura jusqu’au XXe siècle.
Les enseignements confucéens définissent clairement cinq relations fondamentales : souverain-sujet, époux-épouse, père-fils, frère aîné-frère cadet et ami-ami. Chacune de ces relations repose sur un code moral spécifique, et chaque rôle social implique un ensemble de devoirs et d’obligations à accomplir pleinement, ainsi que des qualités à développer.
Le confucianisme a profondément influencé la culture orientale. Aujourd’hui encore, il continue d’influencer les arts martiaux traditionnels à travers les principes de hiérarchie, la relation maître-disciple et le concept de noblesse du comportement idéal.
Aujourd’hui, la philosophie occupe toujours une place centrale dans le programme d’enseignement des écoles de Kung Fu traditionnel. De nombreuses règles, réglementations, habitudes et coutumes, ainsi que les pratiques de l’école, reposent sur les principes des trois philosophies de la culture orientale.
Ainsi, le bouddhisme guide le pratiquant sur la voie du perfectionnement de soi, grâce notamment à la connaissance de l’ego et à la maîtrise de ses émotions. Le taoïsme permet au pratiquant de mieux comprendre le fonctionnement du corps et de l’esprit afin d’améliorer son Kung Fu et d’approfondir sa connaissance de la médecine orientale. Enfin, la structure organisationnelle de l’école, qui garantit son bon fonctionnement et la transmission du savoir, est issue du confucianisme.
Ces trois philosophies forment ainsi un tout cohérent, constituant le socle solide de l’école de Kung Fu et guidant les pratiquants tout au long de leur cheminement.